ASSOCIATION SPELEOLOGIQUE DU SUD-EST

Club des Bouches du Rhône depuis 1954

ASSOCIATION SPELEOLOGIQUE DU SUD-EST

20240413 CR Sortie grotte du Barrage

GROTTE du BARRAGE ou de DECAMAGNE (Gard)
CR de la sortie du samedi 13 avril 2024


GROTTE DE DECAMAGNE
ou du BARRAGE
Commune de Sainte-Anastasie (Gard)
Coordonnées entrée naturelle : X : 763,349 Y : 3183,851 Z : 46 m
Coordonnées entrée artificielle (puits Cécile): X : 763,302 Y : 3183,807 Z : 69 m
Développement : 4230 m. Dénivellation : 129 m (+ 57 m ; - 72 m)

Présents à la sortie : Achille, Emmanuel et Karine
TPST : 5h45 (de 10h45 à 16h30)
Longueur parcourue : moins de 2 km
Dénivelé parcouru : + 62 m (de -5 m à +57 m, avec l’entrée naturelle à 0 m)
Réseaux explorés : niveau intermédiaire, galerie des racines, galerie des Bauges, réseau
des excentriques, réseau des queues de moutons
Après le rendez-vous sur Salon à 8h, nous commençons la marche d’approche à 9h30 sous un
beau soleil et avec une température agréable. Le sentier suit d’abord la crête en rive gauche du
Gardon : la vue sur les gorges et le pont St Nicolas est magnifique! La couleur du Gardon donne
envie de s’y baigner…
Petit frère du pont du Gard, le pont St Nicolas, situé en amont, a été remis à neuf suite à la crue
dévastatrice de septembre 2002 où l’eau du Gardon a dépassé de quasi 3 m le pont…
Vue sur les gorges du Gardon Le pont St Nicolas
Le sentier devient ensuite plus escarpé en descendant à travers les falaises.
Arrivés à l’entrée artificielle, située en pleine pente à une trentaine de mètres au-dessus du
Gardon, c’est la séance déshabillage/habillage ; puis nous descendons vers le Gardon pour aller
voir l’entrée naturelle. Cette dernière s’ouvre au pied d’une petite falaise à 30 m d’un barrage en
ruine.
Le premier plan de cette entrée date de 1895 : c’est Félix Mazauric, grand spéléo Gardois, qui
l’explore le premier jusqu’à la voûte mouillante à 90 m de l’entrée. L’entrée artificielle est ouverte
en 1995 pour avoir un accès à la cavité en toutes saisons, afin d’étudier son fonctionnement
(mises en charge et écoulements de l’eau). Dès le départ de sa découverte, le Barrage a été
considéré comme une résurgence temporaire. Mais diverses observations récentes concluent que
le fonctionnement de la cavité consiste en une perte du Gardon : remplissage de la partie
inondable constitué de fin limon gris du Gardon (et non d’argile de décalcification), présence de
plantules chlorosées (décoloration des feuilles suite à un manque de chlorophylle), présence de
17 espèces de mollusques provenant du milieu extérieur, aucune espèce stygobie…
Après avoir lutté contre des herbes à stroumpf… nous réussissons à pénétrer dans l’entrée
naturelle qui débouche sur un couloir bas. Nous sommes rapidement arrêtés par l’eau du lac
siphonnant. Nous remontons pour commencer l’explo de la cavité vers 10h45.
L’objectif est de faire une boucle de 760 m (niveau intermédiaire - galerie des bauges - lac du
grand pas) et de monter dans le réseau des queues de mouton.
L’entrée, recouverte par une plaque en ferraille, est une diaclase étroite de 3 m de haut (Jean-
Louis y rentrait sans problème en 2020…)
Entrée artificielle
Descente d’Achille en désescalade dans la diaclase d’entrée
Galerie d’entrée creusée dans les calcaires blancs, durs
et cristallins de l’Urgonien - comme toute la cavité.
Nous nous dirigeons d’abord à l’aval du lac d’entrée dont nous avons vu l’amont tout à l’heure :
impossible de s’y approcher de près car le limon laissé par les dernières pluies est très glissant
(pas grave : c’était juste pour voir le niveau du lac, qui est plus haut qu’en février 2020). Nous
revenons sur nos pas pour aller dans la galerie du niveau intermédiaire vers le lac du Grand Pas
où nous laissons les kits (secours + baudriers). En effet, le matos ne servira que pour la remontée
du puits des Queues de Moutons qui se situe juste après ce lac : cette remontée sera sur la fin de
notre boucle. Nous évitons ainsi de la fatigue inutile…
Avant le dépôt des kits, un regard dans la galerie du niveau intermédiaire permet la
communication avec le niveau inférieur actif : c’est un couloir horizontal dont le fond est occupé
par une laisse d’eau. Achille y est attiré et continue dans ce couloir alors qu’Emmanuel et Karine
avancent dans le niveau intermédiaire. Finalement, l’arrivée sur le lac du Grand Pas étant
siphonnant, Achille est obligé de ressortir au deuxième regard.
Achille dans le réseau inférieur actif
Une fois débarrassés des kits, nous rebroussons chemin pour prendre la direction du réseau
supérieur fossile. Son accès se fait par une étroiture semi-circulaire au ras du sol, après avoir
déambulé dans une belle galerie sur 110 m. Ce passage étroit débouche sur une magnifique
galerie de 3 m de large sur 12. De suite à gauche, la salle des Deux Yeux est très esthétique avec
son sol plat, ses 7 m de diamètre et 9 m de haut, et ses deux "yeux" : idéal pour pique-niquer!
Nous faisons d’abord un aller-retour dans la galerie des racines…où il n’y a pas de racines…mais
quelques excentriques au plafond dans le chenal de voûte. Il est midi quand nous revenons dans
la salle : parfait pour manger, d’autant plus que l’endroit n’est pas humide. Après 30 minutes de
pause nous repartons vers la galerie des bauges (ou des rotondes).
Emmanuel dans l’étroiture menant au réseau fossile
Salle des Deux Yeux
Cette galerie est très intéressante car elle comporte une cinquantaine de bauges à ours qui se
succèdent sur plus de 150 m, ainsi que des griffades d’ours sur les parois. Pendant longtemps,
ces bauges ont été piétinées sans qu’elles soient vues. Ce n’est qu’en 2002 que 3 spéléos
remarquent ces dépressions creusées dans le sol argilo-limoneux. Elles seront authentifiées par
une spécialiste. La grotte du Barrage est ainsi l’une des grottes à ours des cavernes la plus
importante de la région connue à ce jour. Pour l’instant, on ne sait toujours pas par où sont
rentrés ces ours il y a plus de 10 000 ans…
Bauge à ours (avec un petite oursonne …)
(photo d’une autre sortie)
Autre grand intérêt du Barrage : les galeries paragénétiques (qui ne sont ni des diaclases ni des
canyons). Leur morphologie : galerie haute et étroite, avec présence de banquettes et
d’encoches, ainsi qu’un remplissage alluvial (pour ceux intéressés, un pdf sur l’explication de
cette formation est joint au mail). Cette coupe caractéristique est présente dans beaucoup de
cavités mais le Barrage est un des plus beaux exemple français. En effet, le paragénétisme est
très visible dans cette grotte du fait que le remplissage n’atteint pas le haut des galeries.
Galerie paragénétique
Cette galerie des bauges est très agréable à parcourir. Nous faisons un aller-retour dans 2
diverticules. Puis la galerie paragénétique se transforme, après un virage à 90°, en une diaclase
haute et étroite avec une forte pente. Passage obligatoire en oppo sur les banquettes limites avec
quelques mètres sous les fesses : coup de stress ponctuel d’Emmanuel…puis l’adrénaline
s’évacue.
Nous arrivons alors au départ du réseau des excentriques (420 m de long) : très beau réseau bien
sportif… d’où on ressort bien transpirant! Cette galerie, d’abord argileuse et en zigzag, est
ponctuée de courtes escalades dont une (E3), pas simple, qui débouche sur un plancher
stalagmitique et une autre (E5) bien glissante où il y a une corde en place. La galerie se finit par
200 m sur une "rivière" montante de calcite : c’est l’apothéose des glissades!!! On monte de deux
pas pour redescendre d’un… à l’aide de rares prises sur les côtés. Nous sommes au bout de la
galerie vers 13h30. Le retour est beaucoup plus rapide!
Nous retournons dans la diaclase pour ensuite retrouver le niveau inférieur actif avec une épaisse
couche de limon qui couvre le sol et un petit canal d’eau. L’environnement lugubre et sombre
contraste avec celui de la galerie des Bauges qui est lumineuse avec des dégradés de couleurs
orange/jaune sur fond blanc!
Rapidement, nous arrivons à la jonction avec le réseau des Queues de Moutons (1430 m dont
340 m de siphon). C’est Achille, avec ses hautes bottes, qui passe le lac du Grand Pas, quelques
mètres plus loin, pour récupérer les kits sans se mouiller. Nous revenons à la jonction et mettons
nos baudriers. Le départ du puits est atteint après une double baïonnette montante et …glissante.
Vers 14h30, Karine commence la montée du ressaut vertical de neuf mètre suivi d’une coulée
remontante d’une dizaine de mètres, le tout étant équipé en fixe. Emmanuel suit, puis Achille. Le
puits parfaitement circulaire est de toute beauté avec certaines concrétions de parois en forme de
queue de mouton.
E9 des Queues de Moutons Main courante de la coulée remontante
La galerie principale, de dimensions inférieures aux galeries parcourues jusqu’à présent, amorce
une descente et nous amène à un secteur labyrinthique (pas simple à comprendre sur la topo).
Finalement, après un passage un peu gazeux, nous trouvons la suite qui est un conduit
descendant en tire-bouchon suivi d’un toboggan de calcite. La suite est une lucarne en hauteur
équipée de sangles mises bout à bout : pas simple pour monter, on est vite déséquilibré ; mais le
ressaut ne fait que 2/3 m. Ensuite un laminoir se prolonge par une étroiture agrandie. C’est avant
l’étroiture qu’Achille s’allonge, fatigué…… Un bonbon à la menthe et ça repart! Nous arrivons à
une salle d’une dizaine de mètre de diamètre d’où partent 5 galeries. Nous nous dirigeons vers la
plus évidente et débouchons au plafond d’une autre salle (salle de la Méduse) sans possibilité d’y
descendre. Mais le spectacle est grandiose : le plafond est garni de stalagtites cachées par une
profusion d’excentriques! Nous redescendons et partons dans une autre galerie dont le sol est
horriblement argilo-limoneux et qui mène à la petite salle de la Méduse.
Concrétionnements au plafond de la salle de la Méduse
Rapidement, un laminoir descendant sur un sol d’alluvions débouche dans la salle du départ du
réseau des Siphons et du Grand Siphon. Nous y sommes vers 15h30. Pas possible de continuer
plus loin! Un lac rempli la salle : en fait le réseau des Siphons n’est accessible qu’en période
d’étiage.
Lac siphonnant de la salle du début du réseau des siphons
Il est grand temps de rentrer maintenant ; Emmanuel est attendu en fin d’aprem sur Aix. Le retour
à la lumière est rapide. A 16h nous entamons la descente du puits des Queues de Moutons et à
16h30 nous sommes à l’extérieur.
Achille à la sortie artificielle
Emmanuel et Achille dans leur belle combi devenue marron!
Nettoyage dans le Gardon
Nous décidons de descendre vers le Gardon pour le nettoyage du matos (il serait dommage de ne
pas en profiter, il est si proche!)… et le notre. Achille et Karine font un passage rapide dans l’eau,
sans s’y attarder car elle est un peu beaucoup fraiche. Emmanuel n’est pas chaud pour y aller,
mais il a droit à une baignade involontaire! Et finalement, il ne le regrette pas.
La montée pour rejoindre le sentier de la crête est fatigante pour les gambettes (en tout cas pour
Karine) ; heureusement qu’elle se fait à l’ombre, car on se croit déjà en plein été!
Nous sommes à la voiture à 17h50 (Emmanuel aura un peu de retard…).